Le sang, symbole de la vie. Entre cinq et six litres de sang circulent dans le corps (veines/artères) d'un adulte. Environ 200 millions de litres sont pompés sans relâche au cours de 70 ans d'existence.
Le sang assure un certain nombre de fonctions essentielles : l'oxygène inhalé par les poumons passe dans le sang et est transmis aux différents tissus par les artères. En même temps, le gaz carbonique contenu dans ces tissus retourne par la voie veineuse aux poumons d'où il est expiré.
Le sang transporte également les éléments nutritifs présents dans l'intestin vers l'ensemble des cellules corporelles ainsi que les déchets cellulaires jusqu'aux reins d'où ils sont éliminés.
Le sang assure la liaison des différentes parties du corps entre elles et coordonne leurs fonctions à l'aide de messagers (hormones).
Il sert également d'intermédiaire au système immunitaire en véhiculant les anticorps (protéines qui aident le corps à se défendre contre les substances étrangères) et les cellules qui combattent l'infection. Il règle en outre la température corporelle en dissipant la chaleur produite par les muscles. Ces différentes fonctions dépendent des cellules sanguines et de la fraction liquide du sang, le plasma.

En raison de sa riche composition (vitamines, fer, phycocyanine, etc.) la spiruline impacte naturellement la qualité du sang, mais pas toujours par les mécanismes qu'on lui prête le plus souvent.
Un raccourci circule régulièrement à propos de la phycocyanine : avec une structure chimique quasi-semblable à celle de l'hémoglobine, elle aurait une action sur l'oxygénation cellulaire. La réalité, telle que la biochimie la décrit, est un peu différente et tout aussi intéressante. Le pigment actif de la phycocyanine, appelé phycocyanobiline, est une molécule dérivée de la dégradation de l'hème, la même voie métabolique qui produit la bilirubine. Sa structure ressemble donc à celle de la bilirubine, pas directement à celle de l'hémoglobine. C'est cette parenté qui explique ses propriétés antioxydantes bien documentées, via l'activation de la voie Nrf2 et de l'enzyme hème oxygénase 1 [4].
Le regard d'Alain Casal. Cette histoire de "structure proche de l'hémoglobine" revient sans cesse dans les articles sur la spiruline. Je pense qu'elle vient d'une confusion avec la chlorophylle, dont l'anneau porphyrique ressemble réellement à celui de l'hème, avec un magnésium à la place du fer. La phycocyanine suit une autre logique : elle partage une parenté chimique avec la bilirubine, le pigment produit quand le corps recycle de vieux globules rouges. Ce n'est pas moins intéressant, c'est juste différent et je préfère évoquer ce point plutôt que de laisser circuler une approximation qui finit par entamer la crédibilité de tout le reste.
En outre, des études [1, 3] menées chez l'Homme indiquent que la consommation de spiruline pourrait avoir un effet positif sur le taux de sucre dans le sang chez les personnes diabétiques et des travaux distincts suggèrent une influence positive sur la pression artérielle. Un meilleur contrôle de l'hyperglycémie protège les vaisseaux sanguins contre les dommages causés par l'athérome et évite les dépôts.
Ce phénomène courant connu sous le nom d'athérosclérose est initié par les radicaux libres avec lesquels le "bon cholestérol" peut s'oxyder, se transformant ainsi en "mauvais cholestérol" LDL. Le cholestérol se dépose sur les parois des artères si bien que la coupe transversale des vaisseaux devient de plus en plus étroite, pouvant aller jusqu'à se boucher complètement : survient alors l'infarctus du myocarde (crise cardiaque), l'AVC, ou l'apoplexie.
Un taux anormalement élevé de sucre dans le sang (supérieur ou égal à 200 mg/dl) correspond au diabète.
La spiruline contribue à réduire ces risques, car elle fixe des limites à l'action des radicaux libres.
L'étude la plus souvent citée sur le sujet, menée en Inde chez 25 patients diabétiques de type 2, rapporte qu'une supplémentation de 2 grammes par jour pendant deux mois a fait baisser significativement la glycémie à jeun, la glycémie post-prandiale et les triglycérides [1]. Une étude coréenne portant sur une dose bien plus élevée, 8 grammes par jour pendant 12 semaines, n'a en revanche montré aucun effet sur la glycémie chez des patients dont le diabète était déjà installé, mais a réduit le cholestérol total et le LDL [2]. Chez des adultes obèses souffrant d'hypertension déjà traitée, 2 grammes par jour pendant 3 mois ont amélioré la sensibilité à l'insuline et le profil lipidique [3].
Une revue parapluie publiée début 2026 [8] a rassemblé l'ensemble des méta-analyses disponibles sur la spiruline, soit 12 méta-analyses regroupant 5 à 17 essais randomisés chacune, pour un total pouvant dépasser 1 500 participants selon les critères étudiés. Le tableau qui en ressort est plus net que ce que laissait entrevoir chaque étude isolée :
Cette nuance change la lecture des études plus anciennes : l'effet de la spiruline sur le sang paraît aujourd'hui mieux établi sur le plan lipidique et vasculaire que sur le plan glycémique, alors que c'est souvent l'inverse qui est mis en avant dans la littérature de vulgarisation.
Le regard d'Alain Casal. Ce que je retiens de ces essais, c'est leur hétérogénéité : les doses vont de 2 à 8 grammes par jour, les durées de quelques semaines à trois mois et les résultats ne concordent pas toujours d'une étude à l'autre. La synthèse de 2026 confirme cette impression, mais elle apporte surtout un éclairage que je trouve honnête : l'effet sur les lipides et la tension est robuste, celui sur la glycémie beaucoup moins. Je vais donc ajuster ce que je dis depuis des années sur ce site. Chez une personne diabétique sous traitement, la spiruline peut être un appoint intéressant sur le plan cardiovasculaire, jamais un substitut au suivi de la glycémie.
Il existe par ailleurs des travaux menés sur des souris rendues diabétiques par injection d'alloxane, qui montrent que la phycocyanine isolée protège les cellules pancréatiques productrices d'insuline et limite les dommages oxydatifs [6]. Ces résultats, obtenus sur des rongeurs et avec un composé purifié à des doses non transposables à l'alimentation humaine, éclairent un mécanisme d'action plausible, mais ne peuvent pas, à eux seuls, servir de preuve chez l'Homme.
L'effet régulateur de la spiruline sur les niveaux de cholestérol dans le sang est appuyé par des études chez l'Homme en Allemagne, au Japon et en Corée et ce constat est désormais corroboré par l'ensemble des méta-analyses les plus récentes.
Concernant la pression artérielle, une méta-analyse regroupant 5 essais randomisés et 230 participants a chiffré l'effet : une baisse moyenne de 4,6 mmHg pour la pression systolique et de 7 mmHg pour la diastolique, avec des doses allant de 1 à 8 grammes par jour sur des durées de 2 à 12 semaines, l'effet étant plus marqué chez les personnes déjà hypertendues [7]. La revue parapluie de 2026 confirme cette réduction de la systolique sur un échantillon nettement plus large d'essais cliniques [8].
Le regard d'Alain Casal. Une baisse de 4 à 7 mmHg peut sembler modeste sur le papier. En pratique, c'est comparable à ce qu'obtiennent certaines mesures hygiéno-diététiques de première intention, comme la réduction du sel. Je ne présenterais jamais la spiruline comme un traitement de l'hypertension, mais elle a sa place dans une stratégie globale, à condition de ne jamais l'utiliser pour justifier l'arrêt d'un traitement prescrit. C'est un conseil que je répète souvent : la spiruline s'ajoute, elle ne remplace pas.
La spiruline, naturellement riche en fer, peut également aider à lutter contre l'anémie ferriprive puisque la carence en fer est une des causes les plus fréquentes. Pour rappel, l'anémie est un état caractérisé par une diminution du taux d'hémoglobine et du nombre de globules rouges (érythrocytes).
Le regard d'Alain Casal. C'est sans doute l'effet sur lequel j'ai le moins de réserves. Le fer de la spiruline est bien absorbé parce qu'il n'est pas piégé par des phytates ou des oxalates comme dans beaucoup de sources végétales. Cela en fait un bon complément pour les profils à risque de carence, sportifs d'endurance, femmes réglées, végétariens, mais cela reste un complément : en cas d'anémie avérée, un bilan sanguin et un avis médical restent la première étape, la spiruline vient ensuite.