La spiruline peut contribuer aux apports en fer et accompagner une alimentation adaptée en cas d'anémie par carence en fer. Sa composition nutritionnelle et les résultats encourageants de plusieurs études en font un complément intéressant. Quelle quantité de fer apporte-t-elle réellement ? Que montrent les recherches ? Voici comment comprendre ses bienfaits et lui donner une place adaptée, en complément de la prise en charge de l'anémie.
L'anémie correspond à une concentration d'hémoglobine dans le sang inférieure aux valeurs attendues. Cette protéine des globules rouges transporte l'oxygène vers les tissus : lorsqu'elle manque, l'organisme peut fonctionner moins efficacement, avec une fatigue et un essoufflement inhabituels.
Les seuils varient selon l'âge, le sexe et la grossesse. Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé publiées en 2024 donnent notamment les repères suivants [5] :
| Population | Anémie si l'hémoglobine est inférieure à |
|---|---|
| Hommes de 15 à 65 ans | 13 g/dL |
| Femmes de 15 à 65 ans, hors grossesse | 12 g/dL |
| Grossesse, premier et troisième trimestres | 11 g/dL |
| Grossesse, deuxième trimestre | 10,5 g/dL |
| Enfants de 6 à 23 mois | 10,5 g/dL |
| Enfants de 24 à 59 mois | 11 g/dL |
| Enfants de 5 à 11 ans | 11,5 g/dL |
| Adolescents de 12 à 14 ans | 12 g/dL |
Ces valeurs servent de repères : l'interprétation du bilan tient également compte du contexte médical. Une baisse de l'hémoglobine entre deux analyses mérite d'être expliquée, mais ne suffit pas, à elle seule, à définir une anémie.

L'hémoglobine est une protéine présente dans les globules rouges, auxquels elle donne leur couleur caractéristique. Elle contient du fer, indispensable à sa fonction principale : transporter l'oxygène des poumons vers les différents tissus de l'organisme.
Un apport suffisant en fer participe donc à la fabrication normale de l'hémoglobine. C'est précisément ce lien qui explique l'intérêt des aliments contenant du fer, dont la spiruline, lorsque les apports alimentaires sont insuffisants.
Une anémie légère ou qui s'installe progressivement peut passer inaperçue. Lorsqu'elle devient plus marquée, plusieurs manifestations peuvent apparaître [6] :
Ces symptômes ne sont pas spécifiques : une prise de sang permet de vérifier s'il existe une anémie. Une douleur thoracique, un essoufflement au repos ou un malaise important nécessitent une évaluation médicale urgente.
La carence en fer est une cause fréquente d'anémie. Lorsque les réserves deviennent insuffisantes, l'organisme ne peut plus fabriquer toute l'hémoglobine dont il a besoin : on parle alors d'anémie ferriprive ou d'anémie par carence martiale.
Cette carence peut résulter d'apports alimentaires insuffisants, de besoins augmentés, d'une mauvaise absorption digestive ou de pertes sanguines, notamment des règles abondantes ou des saignements digestifs. Identifier la cause du manque de fer est aussi important que corriger les apports.
Les vitamines B12 et B9, également appelée acide folique, interviennent dans la formation des globules rouges. Leur déficit peut provoquer une anémie, même lorsque les réserves en fer sont suffisantes.
La maladie de Biermer, parfois appelée anémie pernicieuse, est liée à un défaut d'absorption de la vitamine B12 d'origine auto-immune. Elle ne doit pas être confondue avec une carence en vitamine B9.
Dans les anémies hémolytiques, les globules rouges sont détruits plus rapidement que la moelle osseuse ne peut les remplacer. D'autres anémies sont associées à une inflammation chronique, à une insuffisance rénale, à une maladie de la moelle osseuse ou à certains traitements. Des maladies génétiques, comme la drépanocytose et les thalassémies, peuvent également être en cause.
Toutes les anémies ne correspondent donc pas à un manque de fer et ne se corrigent pas de la même manière [6, 7].
Le diagnostic repose sur une numération formule sanguine, ou NFS, qui mesure notamment l'hémoglobine et renseigne sur les caractéristiques des globules rouges. Lorsqu'une carence en fer est suspectée, le dosage de la ferritine aide à évaluer les réserves. Son interprétation demande toutefois de tenir compte d'une éventuelle inflammation [6].
Une carence en fer peut exister avant l'apparition d'une anémie. Inversement, une anémie peut survenir sans carence en fer : cette distinction permet de choisir la bonne prise en charge.
Selon la cause, le médecin peut prescrire du fer par voie orale ou intraveineuse, de la vitamine B12 ou de la vitamine B9, et traiter l'origine des pertes ou le trouble responsable. Certaines situations sévères peuvent nécessiter une transfusion [7].
L'alimentation accompagne cette prise en charge. La spiruline peut y trouver une place intéressante pour enrichir les apports nutritionnels, mais elle ne remplace pas le traitement nécessaire à une carence confirmée.
La spiruline présente un véritable intérêt nutritionnel par sa concentration en fer dans un aliment consommé sous forme sèche. Pour apprécier sa contribution, il faut cependant regarder la quantité de fer apportée par la portion quotidienne, plutôt que se limiter à une valeur pour 100 g.
Par exemple, pour une spiruline dont l'analyse indique 28,5 mg de fer pour 100 g, les apports calculés sont les suivants :
| Quantité de spiruline | Apport en fer correspondant |
|---|---|
| 3 g | Environ 0,86 mg |
| 5 g | Environ 1,43 mg |
Ces chiffres sont un exemple de calcul, pas une teneur garantie pour tous les produits. La composition varie selon les conditions de culture et de production : l'étiquette ou l'analyse du fabricant reste la meilleure référence pour connaître l'apport de la spiruline choisie.
La spiruline permet ainsi d'ajouter du fer à l'alimentation avec une petite quantité d'aliment. Son intérêt s'apprécie dans l'ensemble des repas et des besoins de la personne, sans assimiler quelques grammes de spiruline à une dose thérapeutique de fer.
Une étude publiée en 2001 a obtenu des résultats favorables sur la disponibilité du fer d'une spiruline enrichie en fer, dans un modèle associant digestion simulée et cellules intestinales [1]. Cette recherche apporte un argument intéressant en faveur de son potentiel nutritionnel.
Il s'agit toutefois d'un modèle de laboratoire : il ne permet pas d'affirmer que l'être humain absorbe systématiquement 40 % du fer de la spiruline, ni que son absorption est toujours supérieure à celle du fer de la viande.
Et c'est là que notre spiruline fait merveille : non seulement le taux de fer qu'elle renferme est tout à fait conséquent, mais surtout il est d'une exceptionnelle "biodisponibilité". En d'autres termes, il est quasiment totalement assimilé, grâce à cette singularité que le fer se trouve dans la spiruline, non à l'état libre, ou sous forme de sulfates ferreux, comme dans la plupart des spécialités pharmaceutiques, mais sous forme "chélatée". C'est-à-dire déjà lié aux acides aminés qui permettent son absorption. Dr Jean-Louis Vidalo
Un compte rendu attribué à Takeuchi en 1978 est régulièrement cité pour des observations favorables chez de jeunes femmes anémiées ayant consommé de la spiruline [2]. Ce document témoigne d'un intérêt ancien pour le sujet. Sa publication originale n'étant pas retrouvée, il est préférable de s'appuyer sur les travaux accessibles ci-dessous pour apprécier les résultats.
Dans une étude publiée en 2011, 40 volontaires de plus de 50 ans ayant eu un diagnostic d'anémie au cours de l'année précédente ont été recrutés. Parmi eux, 30 ont terminé les 12 semaines de supplémentation à raison de 3 g de spiruline par jour [3].
Les chercheurs ont notamment observé une augmentation de la quantité moyenne d'hémoglobine par globule rouge. Ce résultat est encourageant, mais l'absence de groupe placebo ne permet pas d'attribuer avec certitude l'évolution à la spiruline ni de conclure à une correction générale de l'anémie.
En 2023, un essai randomisé en double aveugle a étudié 80 adultes atteints de rectocolite hémorragique, dont 73 ont terminé l'étude. Les participants recevaient 1 g de spiruline par jour ou un placebo pendant huit semaines [4].
Le fer sérique s'est amélioré significativement dans le groupe spiruline par rapport au placebo. Ce résultat soutient son intérêt potentiel dans ce contexte particulier. L'amélioration du fer circulant ne signifie toutefois pas, à elle seule, que les réserves sont reconstituées ou que l'anémie est corrigée.
Une revue systématique publiée en 2025 a rassemblé 32 études sur la spiruline et la chlorelle, dont 7 chez l'humain et 25 chez l'animal. Elle rapporte des résultats favorables sur plusieurs indicateurs du statut en fer, tout en soulignant le besoin d'études humaines supplémentaires [8].
L'ensemble de ces travaux justifie de considérer la spiruline comme un complément nutritionnel prometteur pour soutenir les apports en fer. Ils ne définissent pas encore un protocole de traitement applicable à toutes les formes d'anémie.
Il n'existe pas de dose de spiruline validée pour traiter l'anémie. Les quantités utilisées dans les études correspondent à des populations et à des objectifs différents : elles ne constituent pas une prescription individuelle.
Pour un usage nutritionnel, respectez les indications du produit et privilégiez une spiruline dont l'origine, la traçabilité et les contrôles de qualité sont clairement documentés. Si vous suivez déjà un traitement contre l'anémie, sa poursuite et son adaptation doivent reposer sur le suivi médical et biologique.
Chez l'enfant ou pendant la grossesse, l'intérêt d'une supplémentation doit être discuté avec le professionnel qui assure le suivi. Par ailleurs, la spiruline n'est pas une source fiable de vitamine B12 active et ne doit pas servir à traiter une carence en B12 [9].
La spiruline s'intègre dans une alimentation diversifiée, qui apporte du fer par plusieurs sources :
Associer ces aliments à une source de vitamine C favorise l'absorption du fer non héminique, la forme présente dans les aliments végétaux. Un kiwi, un agrume, du poivron cru ou du jus de citron peuvent ainsi compléter le repas. À l'inverse, le thé et le café pris avec celui-ci peuvent diminuer cette absorption [10].
Un exemple simple : une salade de lentilles accompagnée de poivron et de citron, avec de la spiruline en paillettes ajoutée selon les goûts. L'intérêt repose sur l'association des aliments et la régularité des apports.
Par son apport en fer et les résultats encourageants des recherches, la spiruline mérite une place parmi les aliments pouvant accompagner une stratégie nutritionnelle adaptée. Son utilisation prend tout son sens lorsque les besoins sont identifiés, la qualité du produit vérifiée et les repas suffisamment diversifiés.
En cas d'anémie, la démarche la plus efficace associe la recherche de la cause, le traitement approprié et une alimentation qui soutient durablement les apports. La spiruline peut contribuer à ce dernier objectif, avec un intérêt concret qui ne nécessite pas de lui attribuer des effets thérapeutiques encore non démontrés.