Les productions artisanales de spiruline mettent en place des astuces toujours plus ingénieuses pour faciliter leur travail. Souvent bricolées, ces trouvailles démontrent tout le talent des fermes aquacoles pour la débrouillardise.
Il reste néanmoins un point noir dans le processus, à savoir, l'étape finale qu'est la mise en sachets (le conditionnement) pour la commercialisation de la spiruline sous emballage hermétique. Une étape qui, mal maîtrisée, coûte cher en temps, en matière perdue... et parfois en crédibilité vis-à-vis des clients qui pèsent leur sachet à la maison.
La plupart effectuent la mise en sachets avec les moyens du bord : une bonne vieille balance dont la précision laisse fréquemment à désirer, associée à un remplissage par compte-gouttes et tâtonnement jusqu'à atteindre le poids désiré.
Ils s'y reprennent alors à de multiples reprises : on pèse, y'en a trop, on enlève, y'en a plus assez, on rajoute...
Sans une rigueur implacable, la précision du poids final des sachets est malheureusement très aléatoire.
Concrètement, pour un sachet de 90 grammes, compter en moyenne 30 à 60 secondes de pesée manuelle quand tout se passe bien, sans les allers-retours de rectification. Sur une production de 200 sachets par semaine, cela représente déjà plusieurs heures rien que pour cette tâche répétitive, sans compter la fatigue et les erreurs de poids qui s'accumulent en fin de session. Le temps perdu à cette tâche, sans aucune valeur ajoutée, se compte facilement en heures puis en semaines lorsqu'on l'additionne au fil du temps.
Autre effet pervers souvent sous-estimé : un poids systématiquement arrondi "à la louche" vers le haut pour éviter tout litige se traduit, sur l'année, par plusieurs kilos de spiruline offerts gratuitement aux clients.
Il existe globalement trois approches pour professionnaliser cette étape, chacune avec ses compromis.
Continuer en manuel, mais avec plus de rigueur : investir dans une balance de précision (0,1 g) dédiée uniquement à cette tâche, préparer les sachets à l'avance et travailler par lots réguliers. Solution à coût nul mais qui ne résout ni le temps passé, ni la pénibilité.
Externaliser le conditionnement : des sociétés spécialisées dans l'emballage comme Gestra proposent ce service, tout comme certains établissements en ESAT. L'avantage est de libérer totalement du temps de production ; l'inconvénient est le coût récurrent par lot et la logistique de transport de la spiruline sèche jusqu'au prestataire.
S'équiper d'une machine de conditionnement : c'est l'option qui offre le meilleur retour sur investissement dès que les volumes deviennent réguliers, car le coût est fixe (achat unique) et non proportionnel à la quantité conditionnée.
Il existe également des machines, souvent petites par leur taille, mais grandes par le service rendu.
Ces ensacheuses sont parfaitement adaptées aux petites productions de spiruline qui veulent professionnaliser l'étape de la mise en sachets (ou en flacons d'ailleurs...).
Elles permettent d'automatiser le remplissage selon la quantité désirée (de 2 grammes à 100 grammes).
Pour des sachets de 90 grammes, ce type de machine peut remplir jusqu'à 400 contenants par heure, contre une trentaine à peine en pesée manuelle sur la même durée.
Elles peuvent traiter n'importe quelle forme de spiruline à mettre en sachets : granulés, paillettes, comprimés, poudre...
À partir du moment où la matière est sèche et non collante, la machine fait son boulot et peut enchainer aisément les remplissages.
Concrètement, la machine pèse automatiquement et ne déverse rien tant que le poids désiré n'est pas atteint et qu'un contenant (sachet, boîte, etc.) n'est pas présenté sous le bec verseur. L'infrarouge situé sous la sortie capte le passage du contenant : la quantité précise est alors relâchée pour le remplir. S'enchaine ensuite une nouvelle pesée.

Avant de se décider, quelques critères permettent d'éviter une mauvaise surprise :
Les budgets varient fortement selon le niveau d'automatisation :
Pour un producteur artisanal, une doseuse pondérale semi-automatique reste souvent le meilleur compromis entre investissement et gain de temps réel, avant d'envisager une ligne plus automatisée si les volumes le justifient.
Le conditionnement ne s'arrête pas au remplissage : chaque sachet mis sur le marché doit afficher un poids net exact, un numéro de lot permettant la traçabilité, ainsi qu'une date de durabilité minimale (DDM). Un poids systématiquement inférieur à celui annoncé expose à un contrôle de la répression des fraudes ; c'est une raison supplémentaire de fiabiliser la pesée.