Propriétés, utilisations, sciences et perspectives de la spiruline.
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Spiruline et cancer : que disent les études ?

Les propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes, anticancéreuses et apoptotiques de la spiruline suscitent un intérêt croissant dans le domaine de la recherche en oncologie. Des études précliniques, essentiellement in vitro et sur des modèles animaux, ont mis en évidence sa capacité à inhiber la croissance de cellules cancéreuses dans divers types de cancers, notamment le cancer du foie, le cancer colorectal, le cancer du sein, le cancer du poumon, le cancer du pancréas et le cancer de la moelle osseuse. Son potentiel chimiopréventif a également été étudié, avec un nombre plus restreint d'essais menés directement chez l'Homme.

Le regard d'Alain Casal. Je pose cette distinction dès le début de l'article parce qu'elle conditionne la lecture de tout ce qui suit : "étudié en recherche sur le cancer" ne signifie pas "traitement du cancer". La très grande majorité des données que je vais citer proviennent de cellules en boîte de Petri ou de souris de laboratoire. C'est un champ de recherche réel et actif, pas une promesse thérapeutique. Je le dis d'emblée pour qu'aucune phrase plus loin dans cette page ne puisse être mal comprise.

Le cancer est la deuxième cause de mortalité en Occident (après les troubles cardio-vasculaires) et la première en France. Son taux d'incidence a globalement augmenté au cours des dernières décennies, avant de tendre vers une certaine stabilisation. Certains types de cancers continuent de progresser, en particulier chez les jeunes adultes (15-39 ans). Véritable fléau contemporain, le cancer est aujourd'hui une maladie moderne tout aussi ravageuse que les épidémies d'autrefois.

 

Spiruline et recherche en oncologie

Le cancer se produit lorsque des cellules dysfonctionnelles se divisent et prolifèrent de manière incontrôlée dans l'organisme. Ces cellules cancéreuses qui finissent par former une tumeur peuvent se développer dans n'importe quel organe, mais également se propager d'un organe à l'autre : on parle alors de "métastases".

Comment prévenir au mieux le cancer ?

Les études se rejoignent toutes pour dénoncer le quotidien dans ce qu'il a de plus banal. Après la cigarette, l'alimentation moderne est l'un des grands facteurs de risque du cancer. Selon le Surgeon Général (porte-parole US gouvernemental en matière de santé publique), l'alimentation est associée aux deux tiers des mortalités dues au cancer.

La prévention a donc un rôle-clé, bien qu'elle arrange peu le corps médical : elle n'apporte aucune gloire personnelle.

Les consignes "anticancers" habituelles :

  • Diminuer la consommation de viande, de charcuterie, de viandes fumées, de fromage, de beurre.
  • Privilégier les céréales entières et les légumineuses.
  • Augmenter la consommation de produits végétaux et de fruits.
  • Rendre aux produits laitiers leur rôle d'appoint.
  • Éviter la consommation d'aliments ultra-transformés et de boissons sucrées.
  • Etc.

L'humain a malheureusement du mal à croire que des actes alimentaires aussi dérisoires puissent contribuer à protéger d'une maladie aussi grave.

L'action du bêta-carotène

De nombreuses études [1] ont démontré l'effet protecteur du bêta-carotène naturel, notamment pour les cancers du poumon, de la gorge, de l'estomac, du côlon, du sein et de l'utérus.

  • Le bêta-carotène normalise la chimie sanguine.
  • Il permet au corps d'envoyer des signaux qui empêchent les cellules de se diviser de façon anormale et pourrait ainsi contrer le développement du cancer.

On peut citer également l'étude [2] menée par Françoise Clavel-Chapelon qui montre une association inverse entre l'apport en β-carotène et le risque de cancers chez les sujets non-fumeurs.

A contrario, d'autres recherches [3] montrent que le bêta-carotène synthétique peut avoir potentiellement des effets pro-oxydants indésirables. Deux grands essais cliniques historiques (ATBC et CARET) ont d'ailleurs constaté une augmentation du risque de cancer du poumon chez les fumeurs supplémentés en bêta-carotène synthétique à haute dose. Les suppléments synthétiques concentrés sont donc à éviter au bénéfice des sources alimentaires naturelles de bêta-carotène.

Le regard d'Alain Casal. C'est un contre-exemple que je trouve toujours utile à rappeler : le bêta-carotène de synthèse à haute dose a montré, dans deux grands essais randomisés bien connus des oncologues, un effet inverse à celui recherché chez les fumeurs. Cela illustre pourquoi je me méfie systématiquement des raisonnements du type "si un peu, c'est bon, plus, c'est mieux" en nutrition. Ce n'est pas parce qu'un nutriment est protecteur à dose alimentaire qu'il l'est à dose concentrée et isolée de sa matrice naturelle.

Prise de spiruline : des pistes de recherche prometteuses

Microalgue antioxydante

La spiruline contient plus de bêta-carotène que la plupart des aliments courants, de l'ordre de 10 à 15 fois plus que les carottes selon les analyses de composition. Les propriétés que l'on prête à ce pigment - notamment lorsqu'il est consommé sous sa forme naturelle - lui donnent ainsi un intérêt particulier.

Si le bêta-carotène est un antioxydant, ce n'est pas le seul qui entre dans la composition de la spiruline : elle est également riche en phycocyanine, vitamine E, zinc, chlorophylle, sélénium.

Les antioxydants empêchent les radicaux libres d'attaquer les cellules et pourraient, à ce titre, contribuer à limiter le risque de mutations cellulaires favorisant le développement de tumeurs.

Dans sa publication "Spirulina and cancer", Fedkovic et al. (1993) [4], a mis en avant le fait que les antioxydants (notamment le bêta-carotène) avaient pour conséquence de bloquer l'effet mutagène que provoquent les radicaux libres.

Dans Healing with Whole Foods, Paul Pitchford écrit :

Il est important de noter qu'en matière de prévention, la spiruline est riche en pigment bleu phycocyanine, une biliprotéine qui a montré des effets sur la formation de colonies de cellules cancéreuses.

Alan Keith Tillotson écrit :

Les aliments qui contiennent des niveaux élevés de chlorophylle montrent des preuves pharmacologiques de prévention du cancer.

L'activité chimiopréventive de la spiruline

Mathew, Sankaranarayanan, et al. (1995) [5] ont étudié l'activité chimiopréventive de la Spirulina fusiformis afin d'inverser la leucoplasie orale (état précancéreux de la bouche) de patients tous consommateurs de tabac à chiquer, au Kerala en Inde. Une supplémentation de 1 g/jour pendant un an a entraîné une régression complète des lésions chez 20 des 44 patients évaluables (45 %), contre 3 des 43 patients du groupe placebo (7 %), une différence statistiquement significative (p < 0,0001). Il s'agit de la première étude humaine ayant évalué le potentiel chimiopréventif de la spiruline. Un point mérite toutefois d'être signalé : dans l'année suivant l'arrêt de la supplémentation, 9 des 20 patients ayant obtenu une régression complète (45 %) ont vu leurs lésions réapparaître, ce qui souligne que l'effet observé nécessite une prise continue.

Le regard d'Alain Casal. C'est l'une des études les plus solides de cette page, parce qu'elle est randomisée, contrôlée contre placebo et menée directement chez l'Homme sur une durée d'un an, ce qui est rare dans ce domaine. Je tiens cependant à mentionner la récidive après arrêt, une donnée que beaucoup d'articles omettent : elle montre que la spiruline agit tant qu'elle est prise, pas qu'elle "guérit" durablement la lésion. C'est cohérent avec ce qu'on attend d'un complément nutritionnel, pas d'un traitement curatif.

Ge, Yang, et al. (2019) [10] ont mené une étude randomisée et contrôlée avec 100 patients atteints de cancer et recevant quatre cycles de chimiothérapie. Les chercheurs ont constaté que les patients ayant consommé 900 mg de spiruline par jour présentaient une réduction moins importante de la production de cellules sanguines (myélosuppression) et une amélioration des fonctions immunitaires. Ces résultats suggèrent que la spiruline pourrait constituer un complément utile en accompagnement de la chimiothérapie, à discuter systématiquement avec l'équipe soignante et non comme une automédication.

Les travaux de recherche au CHU de Nantes

Algosources travaille en partenariat avec le CHU de Nantes sur un essai clinique (Property) de phase II en milieu hospitalier. L'objectif de cette étude est d'évaluer l'utilisation d'un extrait de spiruline afin de minimiser les effets indésirables de la chimiothérapie dans le domaine de la cancérologie (prévention des neuropathies). Les propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires de la microalgue pourraient contribuer à prévenir et réduire les risques de neurotoxicité des patients. Il s'agit d'un essai en cours : ses résultats, une fois publiés, permettront de savoir si ces effets se confirment à l'échelle d'un essai clinique rigoureux.

Les propriétés anticancéreuses de la spiruline évaluées

En 2021, une revue systématique [11] basée sur des données de PubMed, Science Direct, LILACS et SciELO, portant sur un ensemble de 1306 articles dont 20 retenus après sélection, a été publiée dans la revue ACS Chemical Biology. Les résultats indiquent que les composés issus de la spiruline (Arthrospira spp.) possèdent des propriétés anticancéreuses significatives dans les modèles étudiés, essentiellement in vitro et chez l'animal. Ils inhibent la prolifération des cellules tumorales, provoquent l'arrêt du cycle cellulaire et induisent l'apoptose. Ces composés présentent également des activités antioxydantes, antiangiogéniques et antimétastatiques dans ces modèles. En particulier, la phycocyanine s'est avérée être l'élément le plus étudié et le plus prometteur, avec une activité notable contre divers types de cellules cancéreuses en laboratoire. De plus, elle est la seule molécule identifiée dans cette revue capable de fonctionner en synergie avec des médicaments déjà établis dans le traitement du cancer.

Hassanin, Soha Osama et al. (2024) [15] en combinant tests in vitro, in vivo et méthodes de pharmacologie en réseau ont montré que des extraits de spiruline augmentent l'activité antioxydante (catalase, superoxyde dismutase) et diminuent les marqueurs de stress oxydatif dans des modèles de cancer du sein, tout en ciblant plusieurs voies moléculaires pertinentes à la cancérogenèse. Ces résultats restent, à ce stade, expérimentaux.

Le regard d'Alain Casal. Ce que je constate en relisant l'ensemble de cette littérature, c'est que la phycocyanine revient systématiquement comme la molécule la plus intéressante, alors que les études qui l'utilisent le font le plus souvent sous forme d'extrait purifié, à des concentrations qu'on n'atteint pas en mangeant quelques grammes de spiruline en poudre. Les mécanismes découverts en laboratoire sur la phycocyanine isolée ne se transposent pas automatiquement à la cuillère de spiruline du petit-déjeuner. Cela n'enlève rien à l'intérêt de la recherche, mais ça évite de faire dire aux études plus qu'elles ne disent.

Le renforcement de l'activité des NK cells*

D'autres recherches [12, 13] indiquent que la spiruline pourrait renforcer l'activité des NK cells, ce qui pourrait avoir un effet antitumoral. (*Natural Killer Cell Activity fait référence à la capacité des cellules tueuses naturelles à agir dans l'organisme. Cette activité peut être renforcée soit en augmentant le nombre de cellules, soit en stimulant directement leur activité.)

On peut affirmer que la spiruline, avec les réserves que l'on rappelle périodiquement quant aux critères de qualité qui s'imposent sur son choix, représente une des voies de recherche les plus prometteuses dans la prévention et l'accompagnement de la lutte contre les cancers. Jean-Louis Vidalo

L'exemple de Tchernobyl : la spiruline pour les enfants irradiés

À la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l'Institut de la médecine des radiations de Minsk a utilisé la microalgue spiruline pour accompagner des enfants irradiés, dont la production de globules rouges et de globules blancs était affaiblie, souvent accompagnée d'anémie et de réactions allergiques.

Les travaux publiés sur le sujet [6], menés sur plusieurs cohortes d'enfants entre 1990 et 1993, indiquent qu'une prise quotidienne de 5 g de spiruline pendant environ 45 jours a été associée à une baisse mesurable de la radioactivité urinaire (un marqueur de l'excrétion des radionucléides) et à une normalisation partielle de certains paramètres immunitaires, notamment les lymphocytes T, sans effet secondaire rapporté.

Le regard d'Alain Casal. Je dois être honnête sur ce point, parce qu'une statistique très précise circule depuis des années sur ce sujet : "82 % des enfants supplémentés n'ont pas développé de cancer de la thyroïde, contre 100 % des enfants non traités". Après vérification, je n'ai retrouvé cette affirmation dans aucune publication scientifique primaire consultable, y compris dans l'étude de Loseva et Dardynskaya de 1993 qui est habituellement citée pour la justifier et qui porte en réalité sur l'excrétion de radionucléides et des marqueurs immunitaires, pas sur une incidence comparée de cancers. Un chiffre de 100 % de cancers dans un groupe témoin serait d'ailleurs incompatible avec les grandes études épidémiologiques publiées sur le sujet, qui montrent une augmentation réelle et documentée du cancer de la thyroïde après Tchernobyl, mais très loin de toucher la totalité des enfants exposés. Je préfère retirer ce chiffre plutôt que de le laisser circuler davantage. Ce qui reste vrai et documenté, c'est l'effet sur l'excrétion des radionucléides et sur certains marqueurs immunitaires, ce qui est déjà une donnée intéressante en soi, sans qu'il soit nécessaire de l'exagérer.

Depuis 1994, la spiruline est considérée en Russie comme un « aliment thérapeutique » dans l'accompagnement des personnes affectées par les radiations.

Nutrition et spiruline durant un traitement contre le cancer

La chimiothérapie (traitement par des médicaments contre le cancer) ou la radiothérapie (traitement par les rayons) bouleversent les habitudes alimentaires. Il peut en résulter un manque d'appétit, des nausées ou une altération du goût : la nourriture semble alors insipide. Un sujet fatigué ou "mal fichu" n'éprouve souvent pas le moindre intérêt pour la nourriture.

Une alimentation adaptée, saine et suffisamment riche en nutriments est toutefois un facteur essentiel de la réussite d'un traitement anticancéreux. Les personnes qui mangent bien durant leur traitement gardent un meilleur tonus et sont ainsi mieux à même de supporter les éventuels effets secondaires de la chimiothérapie et/ou de la radiothérapie. Elles ont aussi tendance à avoir moins d'affections et à rester plus actives. Lorsque l'appétit fait défaut et lorsque l'organisme a besoin d'être soutenu, la supplémentation nutritionnelle dans laquelle la spiruline peut s'inscrire mérite d'être discutée avec l'équipe soignante, notamment l'oncologue et le diététicien référent, en particulier pour écarter tout risque d'interaction avec un traitement en cours.

Le regard d'Alain Casal. C'est le conseil que je donne systématiquement et je préfère le formuler clairement plutôt que de le laisser en sous-texte : la spiruline n'est ni un traitement du cancer, ni un substitut à un avis médical. Chez une personne en cours de traitement, un complément alimentaire, aussi naturel soit-il, doit toujours être signalé à l'équipe soignante, ne serait-ce que parce que certains antioxydants à forte dose peuvent théoriquement interagir avec l'efficacité de certaines chimiothérapies ou radiothérapies, un sujet encore débattu en oncologie. La bonne question à poser n'est pas "la spiruline peut-elle m'aider", mais "mon oncologue est-il informé que j'en prends".

Il est aujourd'hui avéré que l'alimentation est directement impliquée dans l'initiation et le développement de nombreux types de tumeurs cancéreuses, mais également dans certains mécanismes de protection. Prendre soin de son régime alimentaire et de son statut micronutritionnel reste un des rares leviers de prévention à la portée de chacun. La spiruline s'inscrit dans cette logique de prévention nutritionnelle globale et fait l'objet d'un champ de recherche actif et sérieux sur ses composés bioactifs, la phycocyanine en tête. Mais à ce jour, aucune donnée ne permet de la présenter comme un traitement du cancer : les preuves les plus solides concernent la prévention de lésions précancéreuses et l'accompagnement des traitements conventionnels, pas leur remplacement.

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Références :



Alain Casal miniature J'explore depuis près de 20 ans les publications de la littérature scientifique qui concernent la spiruline, ses composants et plus largement, les microalgues. Je m'efforce de fournir des articles sourcés et régulièrement vérifiés en fonction des nouvelles données de la recherche.
Alain Casal - Fondateur de Spiruline France.
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