À première vue, une algue ressemble bien à une plante. Les deux possèdent le fameux pigment vert que l'on appelle chlorophylle (en savoir plus). Il donne au monde végétal dans son ensemble sa couleur verte dominante. La chlorophylle procure un avantage extraordinaire : l'autonomie pour se nourrir. Il leur suffit d'un peu d'eau, de lumière et du dioxyde de carbone (CO2). Ce processus est étudié depuis plus de 200 ans par les scientifiques : c'est la photosynthèse.
Si on mène un peu plus loin la comparaison algue vs plante, les différences s'affichent et embrouillent les premières certitudes. Comparons une algue macroscopique avec une plante toute simple. Déjà, premier constat, l'algue ne possède pas de racine, mais une sorte de crampon. Il ne lui sert qu'à s'accrocher.

L'algue n'a pas besoin de racines pour s'alimenter. Elle absorbe les nutriments par toute sa surface en contact avec l'eau. L'algue ne possède pas non plus de vaisseaux conducteurs sauf quelques ébauches rudimentaires chez certaines algues brunes comme les laminaires et les fucus. Il n'y a pas de tige à proprement parler. Le corps entier de l'algue, non différencié en racine, tige et feuille, porte un nom précis : le thalle. Chez les grandes algues brunes comme les laminaires, ce thalle se décompose lui-même en trois parties : le crampon (fixation), le stipe (la partie qui ressemble à une tige) et la fronde ou lame (la partie qui ressemble à une feuille). Point de fleurs, ni de graines pour se reproduire.
Le regard d'Alain Casal. Je corrige volontiers ce point, parce que je l'ai moi-même longtemps mal formulé dans mes premières présentations sur la spiruline : le stipe n'est pas le corps entier de l'algue, c'est seulement la partie ressemblant à une tige, un peu comme le pied d'un champignon. Le mot qui désigne l'ensemble du corps de l'algue, crampon, stipe et fronde compris, c'est le thalle. C'est une nuance de vocabulaire, mais c'est exactement le genre de raccourci qui, répété, finit par déformer la compréhension d'ensemble.
Autre différence souvent ignorée : la paroi qui entoure les cellules. Chez les plantes terrestres, cette paroi est essentiellement composée de cellulose, une molécule rigide qui structure la tige et les feuilles. Chez les algues macroscopiques (rouges, brunes, vertes), la paroi contient également de la cellulose, mais associée à d'autres polysaccharides caractéristiques du milieu marin, comme les alginates chez les algues brunes, ou les carraghénanes et l'agar-agar chez les algues rouges, des substances aujourd'hui largement utilisées comme gélifiants alimentaires.
La spiruline, elle, s'écarte encore davantage du modèle végétal : en tant que cyanobactérie, sa paroi ne contient pas de cellulose du tout. Elle est de type bactérien, proche de celle des bactéries dites "Gram négatif", composée de peptidoglycane. C'est cette absence de paroi cellulosique qui rend la spiruline aussi facilement digestible et ses nutriments aussi bien assimilés.
Le regard d'Alain Casal. C'est un point que je relie systématiquement à la question de la digestibilité. Une algue verte macroscopique comme la laitue de mer, très riche en nutriments sur le papier, demande un travail digestif plus important à cause de sa paroi cellulosique épaisse, un peu comme les crudités fibreuses. La spiruline, dépourvue de cette paroi, libère ses nutriments beaucoup plus facilement. Ce n'est pas qu'un détail de botanique, c'est une des raisons concrètes pour lesquelles la spiruline s'est imposée comme complément plutôt que d'autres algues pourtant riches elles aussi.
Les plantes à fleurs se reproduisent par pollinisation et production de graines, un mode de reproduction sexuée complexe qui a mis des centaines de millions d'années à se mettre en place. Les algues, elles, empruntent des voies beaucoup plus variées selon les espèces : reproduction asexuée par simple division cellulaire ou fragmentation du thalle, ou reproduction sexuée par émission de spores et de gamètes directement dans l'eau, sans fleur ni graine.
La spiruline, en tant que cyanobactérie, se reproduit de la façon la plus simple qui soit : par scission binaire, une cellule se divisant en deux cellules identiques. C'est ce mode de reproduction extrêmement rapide, comptable en heures et non en saisons, qui explique la vitesse de croissance remarquable de la spiruline en bassin de culture.
À l'échelle de la cellule, d'autres différences apparaissent. Les algues microscopiques, algues bleues, comme la spiruline, possèdent une structure de cellule procaryote (sans noyau) à la différence des cellules des plantes qui ont un noyau. Ce sont des bactéries. Notons que la chlorella (algue verte) fait quant à elle partie des organismes eucaryotes (avec noyau), tout comme les grandes algues rouges et brunes évoquées plus haut.
Le regard d'Alain Casal. Si je devais résumer cette page en une phrase, je dirais que "algue" est un mot du langage courant qui recouvre des réalités biologiques extrêmement différentes : une laminaire de plusieurs mètres et la spiruline microscopique n'ont, au fond, pas grand-chose en commun sur le plan cellulaire, si ce n'est la capacité à photosynthétiser. C'est un peu comme ranger le chêne et le champignon dans la même case parce que les deux poussent en forêt. Le terme est pratique, mais il masque des différences fondamentales qu'il vaut la peine de connaître, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi certaines algues se mangent en salade et d'autres se prennent en poudre à la cuillère à café.
Comparer une algue à une plante revient à comparer deux stratégies très différentes pour résoudre le même problème : capter la lumière et transformer le CO2 en matière vivante. Les plantes terrestres ont développé racines, tiges rigides et graines pour coloniser un milieu sec et hostile. Les algues, elles, ont fait l'économie de toutes ces structures, puisque l'eau qui les entoure leur apporte directement ce dont elles ont besoin. Cette simplicité apparente cache en réalité une très grande diversité, du thalle complexe des laminaires à la simplicité procaryote de la spiruline, qui n'est ni tout à fait une algue, ni tout à fait une plante, mais un organisme à part, façonné par plusieurs milliards d'années d'évolution indépendante.