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Ostreopsis (microalgue toxique) : à ne pas confondre avec la spiruline !

En France, les microalgues marines du genre Ostreopsis sont régulièrement présentes sur les côtes méditerranéennes depuis plusieurs années. En raison des conditions climatiques changeantes, leur présence s'est également étendue à la côte basque lors des étés 2021, 2022 et 2023. Ces microalgues provoquent des intoxications chez les humains lorsqu'ils sont exposés à leurs cellules ou à leurs toxines. Une étude épidémiologique réalisée sur près de 900 personnes intoxiquées a révélé que la principale voie d'exposition à Ostreopsis est l'inhalation d'aérosols marins contaminés, bien que d'autres voies soient également possibles (contact cutané, oculaire, ingestion d'eau).

Les connaissances que l'on a sur ce genre, y compris sa diversité, sa biologie et les toxines qu'il produit, sont encore limitées. Il n'est pas possible de déterminer avec certitude si les effets sanitaires observés sont causés par ses cellules, les débris cellulaires, les toxines produites ou d'autres composés. De fait, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour caractériser les composés responsables des symptômes observés.

liste des symptômes Ostreopsis, selon ANSES (20h, France 2)

L'Ostreopsis, une microalgue toxique

Les microalgues marines du genre Ostreopsis sont des organismes unicellulaires appartenant à la classe des Dinophycées. Elles mesurent environ 40 à 100 µm de longueur, possèdent deux flagelles et se présentent sous la forme d'une lentille plus ou moins aplatie : elles peuvent être facilement identifiées au microscope optique.

On dénombre actuellement 12 espèces Ostreopsis décrites : la similarité morphologique entre certaines espèces ainsi que la variabilité au sein d'une même espèce compliquent les études, rendant l'identification génétique indispensable. Des espèces supplémentaires (appelées espèces cryptiques) sont pré-identifiées par des études de biologie moléculaire, mais les données actuelles ne permettent pas de confirmer leur identification précise.

L'Ostreopsis se développe sous forme de biofilms sur des substrats biotiques (macrophytes) ou abiotiques (rochers/galets), généralement dans des zones peu profondes et relativement abritées des vents et des courants. La production d'une matrice mucilagineuse (mucus) favorise l'agrégation des cellules et la formation des biofilms. Lorsque les conditions environnementales sont favorables, certaines espèces, notamment Ostreopsis cf. ovata, prolifèrent et peuvent atteindre des abondances cellulaires élevées.

Différents processus biologiques et physiques (la houle, les courants, etc.) entraînent le détachement des cellules ou des agrégats de cellules du substrat, les dispersant dans la colonne d'eau. Ces microalgues peuvent alors passer dans une phase planctonique et former des fleurs d'eau visibles à l'œil nu.

Historiquement, Ostreopsis était principalement observé dans les zones tropicales et subtropicales, mais depuis le début des années 2000, on constate une augmentation de sa présence dans des zones tempérées comme la Méditerranée. En France, ce genre de microalgue a été identifié pour la première fois à Villefranche-sur-Mer en 1972, et depuis, sa présence a été signalée sur tout le pourtour méditerranéen.

Ces dernières années, la côte basque française et espagnole ont été identifiées comme une nouvelle zone de développement : les espèces retrouvées dans cette région sont Ostreopsis cf. ovata et Ostreopsis cf. siamensis. Ce développement, malgré des conditions environnementales différentes, démontre une capacité à s'adapter.

Ostreopsis : vue microscopique, par Hubert Grossel (IFREMER)

Ostreopsis : vue microscopique, par Hubert Grossel (IFREMER)

La spiruline, une microalgue NON toxique, un aliment sûr

Si la spiruline est connue pour être considérée comme la reine des microalgues, l'attention récente portée sur l'Ostreopsis vient susciter la méfiance et créer une certaine confusion. Il est important de ne pas confondre cette microalgue toxique avec la spiruline, qui, elle, est une microalgue non toxique : elles n'ont rien en commun.

Cette dernière est une cyanobactérie, connue sous le nom d'Arthrospira qui se caractérise par sa forme spiralée. Elle est constituée de cellules prokaryotes, c'est-à-dire dépourvues de noyau cellulaire, alors que les microalgues du genre Ostreopsis appartiennent à la classe des Dinophycées, qui sont des organismes eucaryotes unicellulaires dotés d'un noyau cellulaire.

En outre, la spiruline n'est pas une algue marine, contrairement aux microalgues Ostreopsis : elle se développe naturellement dans des lacs et des étangs d'eau douce, tandis que les autres se développent anarchiquement dans les zones côtières et peu profondes des océans et des mers.

Spiruline Ostreopsis
Espèces Arthrospira platensis, Arthrospira maxima Ostreopsis spp.
Forme microscopique Filamenteuse en spirale Forme d'une goutte
Classification Microalgue de la classe des Cyanobactéries Organisme unicellulaire de la classe des Dinophycées
Composition cellulaire Cellules prokaryotes, sans noyau cellulaire Cellules eucaryotes, avec noyau cellulaire
Environnement de développement Lacs et étangs d'eau douce Zones côtières, océans et mers
Comestibilité / Toxicité Comestible, utilisée comme aliment Toxique

La spiruline est largement reconnue comme étant une microalgue sûre et bénéfique pour la santé. Utilisée depuis des siècles dans l'alimentation humaine à travers le monde, de nombreuses études scientifiques ont démontré ses riches propriétés nutritionnelles. Si l'ANSES alerte sur les risques pour la santé humaine liés aux proliférations d'Ostreopsis, elle a, en 2014, évalué la non-toxicité de la spiruline.

La spiruline n'est ni mutagène, ni génotoxique (Gershwin et Belay 2008, Marles et al. 2011). (...) Une revue dédiée à l'emploi de la spiruline comme additif alimentaire chez l'animal de rente ne relève pas non plus de problèmes de toxicité (Holman et Malau-Aduli 2013). (...) En outre, le groupe de travail « United States Pharmacopoeia Safety Evaluation » conclut à une absence de toxicité motivant un statut GRAS (Generally recognized as safe) pour la spiruline aux doses de consommation usuelle. - Avis de l'Anses, Saisine n° 2014-SA-0096.

La spiruline, microalgue comestible, est autorisée sur le marché alimentaire européen des compléments alimentaires. En France, tout complément alimentaire (y compris la spiruline en comprimés) doit être déclaré à la DGCCRF avant d'être mis sur le marché. Cette dernière joue un rôle essentiel dans la surveillance et la réglementation des produits alimentaires.

Cultivée en milieu contrôlé, la spiruline est également répertoriée dans le catalogue "Novel food" de l'Union européenne (UE) 2015/2283. Ce dernier mentionne que la spiruline est un aliment (ou ingrédient alimentaire) très largement commercialisé et consommé dans l'UE avant 1997 : elle n'est donc pas considérée comme un nouvel aliment sans aucun recul, bien au contraire. La spiruline, qui présente très peu de contre-indications, a ainsi été évaluée comme étant sûre pour la consommation humaine par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

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Références :



Alain Casal miniature J'explore depuis près de 20 ans les publications de la littérature scientifique qui concernent la spiruline, ses composants et plus largement, les microalgues. Je m'efforce de fournir des articles sourcés et régulièrement vérifiés en fonction des nouvelles données de la recherche.
Alain Casal - Fondateur de Spiruline France.
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