Soeur Pauline et Pierre Ancel se battent contre la faim

Soeur Pauline ne s’y habitue pas. Ce matin deux femmes sont arrivées, leur bébé sur le dos, à l’hôpital de Nanoro petit bourg du Burkina Faso, en Afrique. Les enfants ont de grands yeux inexpressifs, leurs bras sont squelettiques, leurs cuisses, gonflées et couverts d’oedèmes. Les mamans disent qu’ils ne mangent plus. Il y a Emma 18 ans. La religieuse des ballonnements douloureux et une diarrhée. La fillette fait à peine 6 kilos, son sang est anémié. Yempoaka, 22 mois pèse le même poids. Lui est atteint de marasme, stade ultime de la malnutrition.

Chimiste de formation, Pierre Ancel et les vertus de la spiruline

Plus profond que le marasme, le kwashiorkor : le corps se gonfle, la peau se craquelle, les cheveux blondissent et deviennent cassants. C’est le cas de Louis au regard apeuré. Soeur Pauline connait bien l’histoire de ses paysans pauvres. Ici, la terre de latérite est peu généreuse. On fait une récolte de mil et de sorgho par an, à la fin de la saison des pluies. Le reste de l’année, le soleil écrase tout. Les rendements sont misérables. Des agriculteurs, proches des retenues d’eau, cultivent des légumes par irrigation. Mais tomates et aubergines servent à gagner un eu d’argent, pas à nourrir les enfants.

Tant que les bébés sont nourris au sein, ils se portent bien.

Les femmes allaitent aussi longtemps qu’elles peuvent, jusqu’à ce qu’elles n’aient plus de lait ou jusqu’à l’enfant suivant. Après, les bébés mangent comme les adultes. Le plat unique des familles est le to, une bouillie de mil et de sorgho. Mais les estomacs à peine formés des nourrissons ne pouvant assimiler ces céréales, les mères le délaient avec l’eau. L’enfant refuse alors ce plat trop lourd qui ne le rassasie pas. El entre dans la malnutrition. Au Burkina Faso, 37% des enfants sont mal nourris, 13% déclarent un marasme ou un kwashiorkor. Un enfant sur cinq meurt avant 5 ans.

Mais soeur Pauline ne se décourage pas et les nourrit avec un menu varié : soja, lait enrichi, soupe de viandes, yaourt fermenté, sucre. Ceux qui refusent de se nourrir sont équipés d’une sonde. Ils font 4 repas par jour. Et mangent de la spiruline.

Riche en protéines, vitamines, sels minéraux, fer et acides gras, cette algue apporte tout ce qui manque aux enfants.

soeur pauline lutte contre la faimSoeur Pauline ne peut plus s’en passer. Pourtant, elle se souvient de sa méfiance quand, en 1996, Pierre Ancel lui a présenté cette drôle de pâte verte. Elle a reniflé sa forte odeur et Pierre lui a expliqué : la spiruline est un micro-organisme à mi-chemin entre le monde animal et le monde végétal. Dans la nature, on la trouve au bord des lacs salés des payas tropicaux. C’est la nourriture favorite des flamants, qui sont roses à cause d’elle.
La spiruline peut se cultiver dans les bassins. Il suffit de quelques kilos de sel, d’urée, de bicarbonate de soude et de beaucoup de soleil. Soeur Pauline a fini par se rendre aux arguments du Français. Elle se souvient même du prénom de la première fillette à qui elle a administré cette nourriture étrange : Adjara a pris une cuillerée à café de spiruline mélangée à sa bouillie pendant trois semaines et a repris beaucoup de poids. Depuis, tous les bébés en prennent.

Militant pour l’association humanitaire Codégaz, Pierre Ancel a étudié la spiruline en ingénieur, s’est renseigné auprès d’une association suisse qui oeuvre pour ce complément alimentaire. Persuadé de son intérêt pour les pays frappés de malnutrition, il s’est investi dans la création de fermes de spiruline locales.

Article de Loic Chauveau pour Femme Actuelle

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