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Spiruline, grippe et coronavirus : des pistes de recherche aux essais cliniques

Adaptation actualisée du communiqué publié par Elsevier le 24 février 2020, consacré à un article scientifique mis en ligne le 12 février 2020 dans Progress in Cardiovascular Diseases. Les citations françaises de la version initiale sont conservées et replacées dans leur contexte historique. [1, 6]

La spiruline et certains autres nutraceutiques suscitent un intérêt scientifique pour leurs interactions avec les défenses antivirales. En 2020, des chercheurs proposaient d'explorer leur capacité à soutenir la réponse immunitaire face aux virus à ARN, dont ceux de la grippe et le SARS-CoV-2. Depuis, des essais chez l'humain ont permis de préciser cette piste, avec des résultats qui diffèrent selon les situations étudiées.

Couverture de la revue Progress in Cardiovascular Diseases


Ce que proposaient les chercheurs en février 2020

Dans leur article, Mark F. McCarty, affilié à la Catalytic Longevity Foundation, et James J. DiNicolantonio, affilié au Saint Luke's Mid America Heart Institute, examinaient le potentiel de plusieurs nutraceutiques face aux infections virales. Ce terme désigne ici des substances alimentaires ou des préparations étudiées pour leurs effets biologiques, sans signifier qu'elles constituent des médicaments antiviraux validés. [1]

Les auteurs s'intéressaient notamment à la spiruline, à la N-acétylcystéine (NAC), à certains bêta-glucanes et à la glucosamine. Leur proposition reposait sur des mécanismes biologiques et sur des travaux antérieurs de nature différente. Il s'agissait d'une hypothèse argumentée destinée à orienter la recherche, pas d'un essai démontrant un traitement de la Covid-19. [1]

Le rôle des interférons de type I

Les interférons de type I sont des signaux de l'immunité innée. Ils aident les cellules à mettre en place des défenses contre la multiplication virale. Leur rôle ne se limite donc pas à favoriser la production d'anticorps, qui relève d'une autre composante de la réponse immunitaire.

L'hypothèse des auteurs était que certains composés pourraient limiter des mécanismes de stress oxydatif qui perturbent cette réponse. Pour la spiruline, ils évoquaient notamment la phycocyanobiline, un constituant de son pigment bleu, la phycocyanine. Cette piste biologique justifiait des recherches complémentaires. [1]

Spiruline et grippe : des résultats expérimentaux intéressants

Une étude publiée en 2016 dans Scientific Reports a évalué un extrait aqueux de spiruline contre des virus grippaux. Les chercheurs ont observé une inhibition de la réplication virale dans des modèles cellulaires et une diminution de la mortalité chez des souris infectées, dans les conditions de leur expérimentation. [2]

Ces résultats constituent un argument concret pour poursuivre l'étude des composés de la spiruline. Ils concernent toutefois un extrait particulier et des modèles précliniques. Ils ne démontrent pas qu'une consommation habituelle de spiruline en poudre ou en comprimés prévient ou traite la grippe chez l'humain.

Le potentiel antiviral expérimental de certains extraits de spiruline mérite l'attention. Pour en déduire un bénéfice médical, il faut ensuite vérifier l'efficacité chez l'humain avec une préparation définie, une dose précise et des critères cliniques pertinents.

NAC et sureau : des données à distinguer

Le communiqué de 2020 évoquait également des études sur la N-acétylcystéine et les extraits de sureau. Ces substances ont des compositions, des usages et des niveaux de preuve différents. Leurs résultats ne peuvent pas être regroupés pour affirmer que les nutraceutiques raccourcissent tous la grippe de deux à quatre jours.

Pour le sureau, certains petits essais ont rapporté une amélioration des symptômes, mais d'autres n'ont pas retrouvé de bénéfice. La synthèse des National Institutes of Health souligne les limites et les divergences de ces données. Pour la NAC, les résultats dépendent eux aussi de la maladie et du protocole étudiés. Un résultat concernant l'une de ces substances ne constitue pas une preuve pour la spiruline ou pour la Covid-19. [3]

Spiruline et Covid-19 : ce que les essais ont apporté depuis

La Covid-19 est la maladie provoquée par le coronavirus SARS-CoV-2. Les connaissances et les possibilités de prise en charge ont beaucoup évolué depuis février 2020. Les comparaisons de mortalité formulées au tout début de la pandémie ne doivent donc pas être reprises comme des constantes valables aujourd'hui.

Un signal favorable chez des patients hospitalisés

Un essai publié en 2024, portant sur 189 patients hospitalisés, a évalué une forte dose de spiruline en complément des soins habituels. Les auteurs ont rapporté des résultats favorables, notamment sur la durée d'hospitalisation dans le sous-groupe hors réanimation. L'étude était toutefois ouverte, sans placebo : patients et soignants connaissaient le traitement reçu. Ces résultats encouragent la recherche, mais demandent confirmation. [4]

Un essai plus large sans bénéfice démontré sur les hospitalisations

Publié également en 2024, l'essai randomisé TOGETHER a inclus 1 126 participants traités en ambulatoire. Il n'a pas montré de réduction du critère principal, qui associait une observation prolongée aux urgences ou une hospitalisation liée à la Covid-19, avec la spiruline par rapport au placebo. [5]

Ces études ne concernaient pas les mêmes patients ni les mêmes protocoles. Ensemble, elles montrent pourquoi il faut distinguer un potentiel biologique, un résultat favorable dans un contexte donné et une efficacité clinique suffisamment établie. La spiruline ne peut pas être présentée comme un traitement validé de la Covid-19.

Les déclarations des chercheurs dans leur contexte de 2020

Dans le communiqué de février 2020, le Dr DiNicolantonio commentait :

"Par conséquent, il est clair que certains nutraceutiques ont des effets antiviraux (études humaines et animales)"

Cette déclaration concernait des substances et des modèles différents. Elle ne signifiait pas que chacune avait démontré une efficacité clinique contre le nouveau coronavirus.

La citation suivante décrit la situation de février 2020. Sa mention de l'absence de traitement contre la Covid-19 n'est plus actuelle :

"Étant donné qu'il n'y a pas encore de traitement contre le COVID-19 et que ceux contre la grippe sont limités, nous sommes impatients d'évaluer ces nutraceutiques - à travers de nouvelles recherches - dans une stratégie pour aider à soulager les personnes infectées par des virus à ARN encapsulé."

Le rédacteur en chef de Progress in Cardiovascular Diseases, Carl "Chip" Lavie, ajoutait :

"Compte tenu des intérêts récents concernant les infections virales graves, en particulier coronavirus et grippe, ces nouvelles perspectives devraient intéresser les spécialistes des maladies cardiovasculaires, mais aussi un large éventail de cliniciens en dehors de notre lectorat habituel."

Ces propos témoignent de l'intérêt suscité par cette piste au début de la pandémie. Ils doivent être lus avec les résultats publiés depuis. [6]

Le regard d'Alain Casal. L'intérêt de la spiruline mérite d'être étudié jusque dans ses applications les plus ambitieuses. Les recherches sur ses extraits et les premiers résultats cliniques favorables donnent des raisons de poursuivre. Mais défendre cette recherche implique aussi de présenter les essais qui ne confirment pas le bénéfice attendu. C'est ainsi que l'on peut préciser les usages réellement intéressants et donner au lecteur une information digne de confiance.

Quelle place pour la spiruline en pratique ?

La spiruline peut être appréciée pour sa composition nutritionnelle. Cet intérêt alimentaire doit être distingué d'une action thérapeutique contre une infection. Les doses et préparations utilisées dans les essais ne constituent pas un protocole à reproduire chez soi.

Les travaux sur la spiruline et les infections virales ont ouvert une piste de recherche pertinente, mais les résultats cliniques restent contrastés. Ils ne justifient pas de remplacer la vaccination recommandée, les mesures de prévention ou les traitements prescrits par de la spiruline, de la NAC ou un autre complément. En cas d'infection, particulièrement chez une personne à risque, un avis médical précoce permet d'évaluer la prise en charge adaptée.

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Références :



Alain Casal miniature J'explore depuis près de 20 ans les publications de la littérature scientifique qui concernent la spiruline, ses composants et plus largement, les microalgues. Je m'efforce de fournir des articles sourcés et régulièrement vérifiés en fonction des nouvelles données de la recherche.
Alain Casal - Fondateur de Spiruline France.
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