Le projet d’un futur spirulinier

A 31 ans, Vincent Libeaut, chimiste de formation, souhaite s’installer en tant que producteur de spiruline. Une petite algue particulière, aux qualités nutritionnelles hors pair. Il cherche actuellement (*en 2012, à la date de l’article) un terrain où s’installer.

Terre dauphinoise

Lucile Ageron – Terre dauphinoise n°2969 – Janvier 2012

Elle existe depuis près de 3,5 milliards d’années, elle est de couleur bleue-verte et de forme spiralée. Elle, c’est la spiruline. Cette cyanobactérie, capable de photosynthèse avec production d’oxygène, serait a l’origine de l’apparition de la vie a la surface de la terre. Une drole d’algue aux qualités nutritionnelles hors pair, souvent cultivée dans les pays à problème de malnutrition infantile… C’est justement au cours d’un voyage humanitaire en Mauritanie que Vincent Libeaut a découvert la spiruline. Diplomé d’un master en chimie en 2004, le jeune Angevin a alors du mal a trouver un emploi. « En 2005, je suis parti quinze jours en Mauritanie, rendre visite à mon frère. Il était là-bas pour six mois, dans le cadre d’une mission humanitaire pour aider les enfants atteints de malnutrition. J’ai également vu, à mon retour, un reportage sur la spiruline au Burkina Faso. Tout de suite, cette culture m’a interpellé. Il décide de se lancer et apprend qu’une formation existe, au CFPPA de Hyères (en savoir plus), pour apprendre à cultiver cette algue et a monter des projets a visée humanitaire. « Dès le départ,j’avais en tetecetobjectif, notamment avec un ingénieur agronome qui m’avait fait découvrir la spiruline lors de mon premier voyage en Mauritanie », explique-t-il.

Première expérience en Afrique

Certificat professionnel en poche, et après un nouveau stage au Togo chez un producteur, Vincent trouve une nouvelle mission au Mali. Il y reste cinq mois, dans un petit village a 400 kilomètres de Bamako. Sur place, le travail l’attend. « Il fallait remettre en état la production, redémarrer la culture. Les personnes surplace ne savaient pas comment faire, alors je les ai aidées. En cinq mois, nous avons remis en route les bassins et agrandi l’exploitation ».

Après? « Je suis rentré en France, à Lyon où était installé mon frère. Je suis retourné à la case départ, en étant embauché comme technicien dans un laboratoire d’analyses de l’eau, pendant six mois. J’avais toujours en tête le projet en Mauritanie, mais sans financement, impossible pour nous de nous lancer », admet-il. La bonne nouvelle arrive finalement en 2007, a l’issue de son contrat. « Le porteur de projet m’a appelé pour me dire qu’il avait les financements et me demander si j’étais toujours intéressé. J’ai foncé. » raconte Vincent. En 2008, le voilà de nouveau dans l’avion, en route pour Atar, en Mauritanie, donc.« Pour cette mission de cinq mois, le but était de monter une unité de production et former les locaux. J’ai donc emmené avec moi une bouteille d’l,5 litre d’eau contenant de la spiruline. Tout ca pour avoir une souche de départ », se souvient-il.

Sauf qu’une fois sur place, tout ne se déroule pas comme prévu. Et le projet ne prend pas. Il rentre a Lyon, mais a 28 ans, ne se sent pas encore le courage de s’installer en tant que producteur. Il retourne dans son ancienne entreprise et obtient un poste de responsable de service. « Tout en gardant un oeil sur la spiruline. C’est une culture encore marginale. Fin 2010, la collaboration avec mon entreprise prend fin. J’ai choisi de me lancer et je me suis donné deux ans pour y arriver. Soit la durée de mes indemnités chômage. Je passerai plus tard un BPREA », justifie-t-il. Un bon moyen pour lui de se consacrer à son projet, tout en ayant quand meme un petit revenu.

spirulinier

60 000 euros d’investissement de départ

Il prend donc contact avec plusieurs organismes consulaires. Mais, c’est finalement avec la chambre d’agriculture de l’Isère qu’il noue le plus de contact. « Je suis aussi allé voir plusieurs producteurs en Rhône-Alpes, car je souhaiterais m’installer dans la région. De préférence au sud de Lyon, dans un rayon d’une heure à une heure et demi de trajet. J’ai également monté un business plan. Et je ne peux pas bénéficier de la DJA, étant donné que je n’ai pas de diplôme en agriculture », précise Vincent.

Niveau investissement de départ, il devra compter environ 60 000 euros. Et il aurait besoin d’un terrain d’une superficie d’un hectare. « Ce n’est pas très grand, mais cela suffirait pour installer une grande serre, avec à l’intérieur des bassins hors sol, en forme d’hippodrome. J’envisage de mettre 500 mètres carrés de bassin la première année, et la même chose l’année suivante pour avoir 1000 mètres carrés au final », observe-t-il. Pour l’heure, cela reste difficile à trouver. « Il faut bien souvent démarcher des agriculteurs locaux et ce n’est pas toujours facile. Quant à ceux qui sont en cessation d’activité, bien souvent ils souhaitent que le repreneur ait la môme activité qu’eux… »
Finalement, il aurait peut-etre une piste du coté du pays de Bièvre-Valloire. Un agriculteur arrete son activité et serait pret a céder plusieurs lots de terrain. Mais rien n’est encore fait et le jeune homme cherche toujours du foncier. Un besoin d’eau et de chaleur. C’est bien la le principal écueil, car niveau technique culturale, a écouter le jeune spécialiste, ce n’est pas très compliqué… « Si l’on suit bien les différentes étapes de culture, il n’y a pas de problème de maladie. Le Ph du bassin est un Ph 10. C’est un niveau de Ph très basique, un peu savonneux, presque corrosif. Peu de bactéries ou d’insectes peuvent se développer dans ce milieu de culture. La production est saisonnière et s’étend d’avril-mai à septembre-octobre. La spiruline a besoin de peu d’eau, mais en quantité équivalente toute l’année, ainsi que de chaleur, explique le jeune entrepreneur. La récolte se fait manuellement. Ensuite, il faut presser et sécher la spiruline sur des cadres. Elle ressemble alors à de petits bâtonnets, qu’on appelle des granulés ».

Des granulés qu’il souhaite ensuite vendre soit directement à la ferme, soit dans certains points de vente comme les herboristeries ou par le biais d’un site internet. « Je m’adresse à un public bien spécifique. En principe, ce sont des gens qui ont ou qui ont eu des problèmes de santé et qui cherchent un appui supplémentaire aux médicaments traditionnels. Certains peuvent juste vouloir faire une cure avant l’hiver pour se rebooster car la spiruline contient énormément de vitamines, ce qui peut etre bénéfique aux personnes ayant moins de défenses immunitaires », note Vincent. Et concernant les retours économiques de son exploitation, il avoue être encore dans le flou. Ce qu’il peut juste affirmer c’est que selon les retours d’expérience, la production est rentable à partir de 400 mètres carrés. Ensuite, les ventes se font en principe par sachet de 100 grammes. Mais, en attendant d’avoir une idée plus précise de la rentabilité économique de sa production, il souhaiterait s’installer au printemps, pour ne pas perdre une année et faire sa première récolte en 2012.

Lucile Ageron – Terre dauphinoise  n°2969 – Janvier 2012

Depuis 2013, Vincent Libeaut s’est installé à Eyzin-Pinet. N’hésitez pas à visiter son site pour découvrir son activité : Spirulib.com

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Commentaires :

  1. marion dit :

    bonjour

    pensez vous que la culture de la spiruline est encore rentable aujourd hui pour un jeune qui voudrait s’installer en sachant que nous avons déjà le terrain sur le Libournais (nord de Bordeaux), 5 hectares? On m’a dit que de grands groupes s’interressaient de plus en plus à cette culture et que les prix allaient baisser.
    Merci pour votre reponse

  2. Alain - Spiruline France dit :

    Marion > Bonjour, c’est comme dans tout domaine : si de grands groupes s’intéressent à la spiruline c’est bon signe. Ils ne se lanceraient sans doute pas sans avoir étudié en profondeur tout son potentiel (nutritif ET économique).
    Je dirai qu’il faut néanmoins fuir une opportunité si l’on s’y lance uniquement parce que l’on souhaite s’engouffrer dans « la tendance du moment ».
    A contrario, avec passion, même en étant « petit », il est évident qu’il reste possible de se démarquer et prospérer quelque soit le marché.

  3. Anonyme dit :

    MERCI pour votre réponse

    nous allons étudier cela de plus près car ayant des terrains et passionnés par la culture et l’alimentation saine en général cela me semble un bon défi à relever pour quelqu’un qui se passionne pour la santé de soi même et des autres.

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